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SLIMANE AZEM

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SLIMANE AZEM

Message par Boualem le Jeu 18 Déc 2008, 20:52

L’ALGERIE MON BEAU PAYS

Je me rappelle cette nuit d’orage
Entouré mon père et de de ma mère
En exile dès mon jeune âge
J’ai préparé mes affaires
Pour mon premier voyage
M’exiler au-delà des mers
Je revois d’ici mon village
Et tout ceux qui me sont très chers
Pour moi ce paysage
Est le préféré de la terre


L’Algérie mon beau pays
Je t’aimerai jusqu’à la mort
Loin de toi moi je vieillis
Rien n’empêche que je t’adore
Avec tes sites ensoleillés
Tes montagnes et tes décors
Jamais je ne t’oublierai
Quelque soit mon triste sort


Seul, je me parle à moi-même
J’ai failli à mon devoir
J’ai mené une vie de bohème
Et vécu dans le cauchemar
Quand je chante ce poème
Je retrouve tout mon espoir


L’Algérie mon beau pays
Je t’aimerai jusqu’à la mort
Loin de toi, moi je vieillis
Rien n’empêche que je t’adore
Avec tes sites ensoleillés
Tes montagnes et tes décors
Jamais je ne t’oublierai
Quelque soit mon triste sort



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Re: SLIMANE AZEM

Message par Séléné le Mar 15 Sep 2009, 14:20

Un retour vers les années 70 :

La carte de résidence :




Paroles :

D'après ce qu'on nous annonce ça va dans un bon sens
Faut pas prévoir à l'avance avant d'avoir la réponse
Avant d'avoir la réponse au sujet d'la résidence.

Khis ruh ken hen imenik ye la warlom di tmurt ik
Ad lumud at ik seltik kulass d'les conférences.

Kulass d'les conférences pour étudier tous les sens
C'est vraiment bien dommage le racisme et le chômage
Heureusement qu'il y a des sages, c'est le prestige de la France
C'est le prestige de la France, c'est la raison d'espèrance.

Anda yi la l'kheddema i waren, d'immigré tti t'kavalen
Yarna soussoum arkhissen, u qarness ''tu as d'la chance''
U qarness ''tu as d'la chance'' mi te trit la résidence.

Toujours des conversations, le chômage, l'immigration
Après les négociations, on attend qu'on nous annonce
On attend qu'on nous annonce, chaque fois ça recommence.

Achral ayaki ne sbar fi tmurt narziz'n em aruh
Ma yi la n'zemer n ruh, ad zran la différence
Ad zran la différence ma yi la ulac la résidence
Le travail quand il est dur, c'est pour l'immigré biensûr
Avec la conscience pure, l' dévouement et les souffrances
L'dévouement et les souffrances, ça mérite la récompense.

An ruh da n'kheddam cituh fika narziz'n em aruh
Ma yi la n'zemer n ruh, il faut subir les conséquences.

Il faut subir les conséquences, y'aura plus de réminence
Après tout ça me fera du bien de retourner chez les miens
Je suis un Africain, le Soleil en permanence
Le Soleil en permanence, pour moi ça a de l'importance.

Anda n ruh yi la itaj, di kul tamurt itt fedjel
Arbi dernen itt faridj, di romner n rich d'avance
Di romner n rich d'avance, jusqu'à la fin de l'existence.

C'est avec grande joie que je vais rentrer chez moi
C'est normal chacun chez soi, souvenirs de notre enfance
Souvenirs de notre enfance avec toutes ces références
Tu sais bien que la Terre est ronde, le Soleil est pour tout le monde
Il brille à travers les hommes grâce à la Providence
Grâce à la Providence qui domine toutes les puissances
Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, si je dois vous dire adieu
Sachez bien que mes aïeux ont combattu pour la France
Ont combattu pour la France bien avant la résidence
Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, si nous devons vous dire adieu
Sachez bien que nos aïeux ont combattu pour la France.

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Re: SLIMANE AZEM

Message par Boualem le Dim 16 Mai 2010, 18:59

http://www.dailymotion.com/video/x2jpkf_slimane-azem-amoh-amoh_music

Pièce des années 1940
A Muh A Muh (pièce n°12)


Ma ateddud a nruh

Allons si tu veux partir

Alger est une ville resplendissante
Les journaux évoquent son nom
Si célèbre dans toute l'Afrique
Bâtie avec chaux et ciment
Ses fondations affleurent la mer
Sa beauté subjugue qui la voit
Ô saint Abderrahmane
Au pouvoir démesuré
Ramène de grâce l'exilé au foyer


Ô Mouh ! Ô Mouh !
Viens donc nous accompagner

Juste avant de partir
je fis maintes promesses aux parents
Je leur dis que je reviendrais
Tout au plus après un an ou deux
Mais je m'en allais perdu comme en songe
Voici maintenant plus de dix ans

Ô Seigneur notre Dieu
Qui nous est si Cher et Doux
Ma jeunesse a fondu en corvées
Dans les tunnels du métro
Paris m'a ensorcelé
Qui doit posséder des amulettes

Je suis pareil au malade
Et j'attends que s'ouvre une porte
Moi je me suis fait à l'exil
Mais mon cœur désir son pays
Partir ? je n'ai point d'argent
Rester ? je redoute la mort

Je n'ai de souci et pitié
Que pour mes gosses à l'abandon
Ils m'attendent chaque jour qui passe
Tandis que je refuse de partir
C'est que l'exil m'a fait tourner la tête
Jusqu'à oublier la route qui était la mienne


Traduction :Youssef Nacib dans son livre (Slimane Azem le poète-page 195/714).

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Re: SLIMANE AZEM

Message par Boualem le Mar 25 Mai 2010, 18:59

Ay Afrux ifirelless ( Ô Hirondelle )


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Re: SLIMANE AZEM

Message par Boualem le Ven 27 Aoû 2010, 16:01



Tassekurt

UfiΓ tassekurt tehzen
Ur iban d acu t yuren
Texmet kan seddaw uzru
Mi twaleΓ temmuΓben
ΓileΓ d lvaz it yewten
NeΓ ttuggwad si vururu
ZiΓen ar d isseggaden
Iy as irzan afriwen
Macc'akka it3ud atedru

Mi d rfed Γuri allen-is
WaleΓ bezgen lecfar-is
Si nnehtat d immettawen
Tesfehm-iyi-d lΓebn-is
Mi nejlan warraw-is
Ur tezri s anda ruhen
Lbatel rzag yism-is
Mi gebbwed ar lhed-is
Ur itdummu ula ghef yiwen

NniΓ-as: "acimi tetrud
D lwehc kan ara ternud ?
Xas ruhen ur kem ttun ara
Hader kan a tettud
Ilaq-am ad as tecfud
I teswi3in n tamara
Am wassa lferh a tezhud
Ma t3udded, a tehsud
Fellam ur sebbren ara"

Tennad: "mi ten zriΓ ufgen
Id yeΓli felli lehzen
Ggan-id ul-iw d amejruh
D lxuf nni iseggaden
I ten semfezzwayen
Am ibawen Γef lluh
UggwadeΓ ruhen dayen
Ulamek id uΓalen
Ac'ara isebbren rruh ?"

"Amek ara ttun yemmatsen
Tin i3etben fellasen
Si temzi armi meqqwrit
Taswe3t tehkem fellasen
Ula d Rebbi irad asen
Akka id la3da n dunnit
Assa ma ccuden ifassen
Ad uΓalen ad d assen
Kul ccedda tettaba3-it talwit"



Traduction:

La perdrix

J'ai trouvé une perdrix attristée
Souffrant d'on ne sait quoi
Blottie sous un rocher
La voyant chagrinée
J'ai cru battue par le faucon
Ou menacée par le hibou
Mais ce sont les chasseurs
Qui lui ont brisé les ailes
Et elle ne s'attendait pas à cela

Quand elle leva ses yeux vers moi
Je vis ses paupières enflées
A cause des soupirs et des larmes
Elle me fit part de son mal
Quand ses petits ont fui
Elle ne vit pas vers où ils étaient partis
Amère est l'injustice
Quand elle est poussée à l'extrême
Elle n'épargne personne

Je lui demande: "pourquoi pleures-tu
Tu ne fais qu'ajouter de l'angoisse ?
Même partis ils ne t'oublieront pas
Mais veille à ne pas les oublier toi même
Il te faut te souvenir
Des situations difficiles vécues
Et un jour tu retrouveras le bonheur
Si tu as foi , tu sauras
Que toujours tu leur manqueras"

Elle me répondit: "lorsque je les ai vu s'envoler
La tristesse m'a envahie
Et mon cœur s'est blessé
C'est cette peur des chasseurs
Qui les a éparpillés
Comme des fèves dispersées sur une planche
J'ai peur qu'ils ne soient partis
Pour ne plus jamais revenir
Qui donc consolera mon âme meurtrie ?"

"Comment pourraient-ils oublier leur mère
Qui a tant peiné pour eux
Depuis petits jusqu'à l'age adulte
C'est seulement la contrainte du moment qui l'impose
Dieu leur avait prédit ceci
Tel est le principe de la vie
Si tes mains sont aujourd'hui liées
Ils finiront par revenir
Chaque épreuve est suivie d'une heureuse issue"

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Re: SLIMANE AZEM

Message par Boualem le Mer 24 Nov 2010, 11:37


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Re: SLIMANE AZEM

Message par Boualem le Sam 21 Mai 2011, 20:24



http://www.dailymotion.com/video/x4tgm5_slimane-azem-a-taqbaylit-a-tigejdit_music

Transcription:

A taqbaylit, a tigejdit !
A tin γef ibna uxxam;
Ṣṣbaḥ, tameddit,
Argaz weṣṣi-t!
In’ as ad iddu s lewqam !

D kemmini i d tigejdit
F tebna ddunit;
Γurem akw i d-cudden isulas,
Γurem i d-tsenned tkufit
D ucbayli n zzit;
D kemmin i d aɛessas
Ma illa rray-im d iri-t
Ur treṣṣ’ ara tgejdit ,
Kulci ad irab ar llsas.

Kulyum weṣṣi argaz-im,
Yess-im d warraw-im!
Mel-asen iberdan ilhan!
Jerreb kan deg yiman-im!
Akken illa uxxam-im
I llan ula d ljiran.
Kkes tismin seg wul-im !
Lhi-d kan d ccγwel-im !
Ad tilim akw di laman !

Weṣṣi-ten yiwen yiwen!
Melmi ttun fekker-iten!
Mel-asen ṣṣwab d lmeɛqul!
D acu d lfayda n yiɛdawen
Bexlaf imeṭṭawen?
Lxuf d lehlak n wul,
Akken nella d imdamen.
Yak Rebbi-nneγ akw yiwen,
Mkul taswaɛt aγ-d-ittmuqul!

Tixer i ẓẓur akw d lmenkwer,
Lebγeḍ akw d lekwfer!
Beɛd si mkul lebliyya!
Ur ttqezzib ur ḥeqqer!
Mkul wa efk-as leqder!
Ilha lxir akw d nniyya.
Ma illa terniḍ ṣṣber
Ad yilli fellam sser
Anga teddiḍ d lɛafya.


Traduction:

Femme kabyle, poutre maitresse
tu es le fondement de la maison
matin et soir, guide ton homme
dis-lui d'aller convenablement

Tu es le support essentiel
qui soutient notre univers.
tous les tuteurs s'attachent à toi

c'est vers toi que s'appuient le silo
et la jarre d'huile
dont tu es toi la gardienne

si tes avis sont malheureux
le soutien n'est pas consolidé
et tout s'effondrera à la base

femme kabyle poutre maitresse .....

chaque jour avise ton mari
tes filles tes fils
indique-leur les voies heureuses

prends conscience e ta condition
c'est comme va ton foyer
que vont ceux de tes voisins

chasse les aigreurs de ton cœur
fais face à tes responsabilités
et tous vous connaitrez une vie confiante

femme kabyle poutre maitresse ....

conseille-les tous un à un
fais les se souvenir quand ils oublient
guide-les vers le salut et la mesure

quel est le profit des ennemis
sinon nos larmes
notre peur et nos maux de cœur ?

Tous gens tels que nous sommes
ce dieu le même pour nous tous
nous observe à tout instant

femme kabyle poutre maitresse ...

Délaisse le tort et l'injustice
la jalousie et les colères
éloigne-toi de tout opprobre

ne sois ni obséquieuse, ni méprisante
considère chacun selon sa valeur
le bien et la sincérité seuls sont souhaitables

si tu savais être patiente
la discrétion t'abriterait
où que tu ailles la paix sera

femme kabyle, poutre maitresse

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Re: SLIMANE AZEM

Message par Boualem le Ven 15 Juil 2011, 22:19

Rachid Merabet. Réalisateur du documentaire Slimane Azem, une légende de l’exil
Reconquérir cette culture de l’émigration



Un prix d’encouragement lui a été décerné pour Slimane Azem, une légende de l’exil pour la première résidence d’écriture de scénario, organisée en juin par le commissariat du Festival du film amazigh.

- Slimane Azem, une légende de l’exil. Pourquoi ce sujet spécifiquement ?

«Mon cœur est toujours malade, malade à cause des hommes de mal. Ils se glorifient des œuvres des autres. De cuivre vil ils fondent des bijoux d’argent. Ils ne plantent pas ils déracinent. Tes yeux ont découvert la voie de connaissance.» Je vous donne en guise d’introduction à ma réponse ce poème de Jean Amrouche. Car je pense que Slimane Azem était fondamentalement un homme de bien, un adepte de la liberté et surtout un porte-drapeau de la culture kabyle. Cinq ans après la réalisation de mon documentaire sur la vie de Slimane Azem, je suis fier que la Cinémathèque le diffuse. Pour moi, c’est une marque de reconnaissance de l’œuvre d’un homme tout dévoué au peuple algérien, un personnage exemplaire dont on aimerait qu’il en existe beaucoup d’autres.


- Comment avez-vous traité le sujet ?

De Slimane Azem, je conservais le souvenir d’un électrophone posé sur la table du salon. Ces chansons incompréhensibles faisaient remonter mes souvenirs de l’étrange ailleurs dont j’étais issu sans pour autant vraiment en être. L’image du petit berger courant pieds nus derrière les quelques moutons de son troupeau m’apparaissait… C’est ce gamin qu’il avait dû être dans son village d’Agouni Gueghrane, où il naquit en 1918. Là, au pied du Djurdjura, entre six et onze ans, il partagera son temps entre les pâturages et les Fables de La Fontaine qu’il étudie à l’école. Selon la légende, il aurait développé son génie poétique suite à une rencontre avec un vieillard qui lui aurait proposé soit d’avoir une intelligence accomplie, soit un foyer plein d’enfants. Il choisira d’être poète visionnaire et ne laissera aucune descendance. A 19 ans, il traverse la Méditerranée. Dès 1937, il travaille dans les aciéries autour de Longwy et endosse alors le statut d’immigré. Cette déchirure existentielle inspirera une grande partie de son œuvre. Œuvre qu’il mettra au service de ses compatriotes en leur prodiguant ses chansons «conseillères», allégeant leurs tourments d’exilés. Il partagera durant sa carrière, avec l’immigration algérienne, les sentiments de joie, de peine, de toute une communauté de destin. Slimane Azem, c’est le chanteur d’une époque révolue, celle de Prévert déclinant le nom de tous ces «étranges étrangers» qui peuplaient les usines Renault, alimentaient les fours de la sidérurgie, descendaient dans les puits des mines, construisaient les bâtiments de la modernité française. Slimane Azem, c’est l’histoire de ces hommes longtemps muets sur leur jeunesse, leur arrivée en terre étrangère. Trajectoire que souvent les enfants issus de cette immigration ne découvrent que sur le tard. Slimane Azem, c’est le soutien moral de la première génération d’émigrés kabyles en France coloniale. Slimane Azem, c’est l’effort nationaliste de toute la classe ouvrière immigrée, soutenant avec abnégation le combat pour l’indépendance de l’Algérie. Pays désiré de leurs vœux mais qui n’a su les reprendre en son sein. Il porte en lui cette contradiction de la nation algérienne. Slimane, c’est surtout la nostalgie du paradis perdu, l’exil temporaire qui devient perpétuel. C’est une voix de l’histoire de l’émigration. Slimane Azem, c’est une légende de l’exil…


- Nous trouvons rarement des travaux artistiques ou de recherche sur cet artiste…

Quand j’ai commencé mon travail de recherche au début des années 2000, il n’y avait rien, et ceux qui avaient des documents les gardaient comme un trésor personnel qu’il ne savait pas valoriser. Le travail universitaire de traduction de Youcef Nacib m’a permis d’accéder en français à l’œuvre de Slimane Azem. Pour moi, faire ce documentaire a été un honneur et m’a rempli du sentiment du devoir accompli.


- Avez-vous trouvé des difficultés pour réaliser votre documentaire ?

J’ai rencontré beaucoup de difficultés à monter ce projet, car pour les programmateurs de chaînes de télévision française, «Slimane Azem» ne voulait rien dire et je suis d’autant plus fier qu’il est aujourd’hui reconnu comme un artiste majeur issu de l’immigration. Je pense que mon film a contribué à la réhabilitation de cette grande figure de la culture kabyle, et plus largement algérienne. En France, ce film a questionné l’histoire de l’émigration. Il a permis de faire comprendre ce qu’étaient les conditions d’accueil des émigrés, de reconnaître l’absence d’attention portée à cette population issue du sous-prolétariat. Pour moi, il fallait, pour les enfants français issus de l’immigration, tenter de réparer l’image des pères amoindris, parce que quasi-inexistante dans cette France, leur société d’accueil. C’est pour cela que j’ai utilisé l’image de cet illustre chanteur et poète, qui perpétuait une tradition orale kabyle dans ces cafés-hôtels de Paris, là où nos «pères», rassemblés dans leur solitude, trouvaient dans les bars un petit coin d’humanité à partager avec leur chanteur. C’est pour reprendre le cours de l’histoire de l’immigration à sa source que ce documentaire appelle à découvrir le parcours de ces hommes, à reprendre le fil des existences mutilées, à reconquérir cette culture de l’émigration, longtemps sous-évaluée et qui pourrait permettre de fabriquer le ciment entre un ici reconnaissant et un ailleurs apaisé.


- Nous avons l’impression que Slimane Azem est boycotté par plusieurs parties…

Pour moi, l’œuvre artistique de Slimane Azem s’inscrit dans la continuité historique de celle de Si Moh ou Mohand. Il connaîtra l’Algérie française, puis l’Algérie algérienne, il s’interrogera très tôt sur son double statut de colonisé et d’exilé économique, et transcrira le sentiment de milliers de ses compatriotes, bien moins en mesure que lui d’analyser cette déchirante situation existentielle. Patriote, il a été. Dès son arrivée en France, il militera au sein du Parti du peuple algérien (PPA) de Messali Hadj. Il aspire avec ferveur à l’indépendance de son pays dès 1956, et rendra publique une chanson ouvertement anticolonialiste : Criquet sort de ma terre. Cette chanson lui valut des démêlés avec la police française et aurait pu lui coûter la vie sans le soutien de son frère Ouali, acquis à l’Algérie française pour des raisons que son frère Ali synthétise dans mon documentaire. C’est cette position pro-française de certains membres de sa famille qui provoquera le bannissement d’Algérie de la famille Azem, conséquence d’une répression punitive, collective que l’on sait pratiquée par des régimes autocrates et totalitaires. Pourtant que dire du patriotisme de Slimane Azem, lorsqu’en plein conflit libérateur, il pose son regard sur la guerre d’indépendance et compose une fervente prière à la recherche d’un remède aux malheurs du peuple algérien. Ô Dieu, le clairvoyant/A Rebbi Imudebber. Son engagement resplendit encore plus fort dans cette ode à l’astre lunaire qui symbolise l’avènement d’une Algérie libre et indépendante. Cet écho patriotique résonne de l’espoir porté par un peuple en lutte, «Le croissant enfin paraît/Idahred waggur». Les derniers vers de cet hymne à l’indépendance montrent la distance critique de Slimane Azem face à la Constitution de l’Etat algérien. Dans ses chansons, Slimane Azem dénoncera régulièrement, en termes allusifs, l’injustice et l’ambition des représentants du pouvoir algérien. Il quittera l’Algérie en 1959 pour n’y plus retourner, même pour son ultime demeure.

En 1967, il sera frappé d’interdiction d’antenne par la Radio Télévision algérienne, sur la foi d’une liste d’artistes ayant soutenu Israël durant la guerre des Six Jours. Cette «conspiration du silence» n’empêchera pas sa cote de popularité de monter, jusqu’au début des années 1970, où il recevra des mains de M. Minichin, PDG de IME-Pathé Marconi, un disque d’or pour avoir vendu un très grand nombre de disques. C’est une première pour un chanteur d’origine algérienne qu’il partagera avec la chanteuse Noura ! Durant cette période, Slimane Azem exprimera la contradiction essentielle de sa situation. Il rendra compte de son état de «banni» et de celui d’émigré, dont il continuera de porter le statut jusqu’à la fin de sa vie, avec son lot de culpabilité, d’errance, de violence et d’indifférence. Ses chansons restituent l’état mental de beaucoup de fils de paysans kabyles confrontés de plein fouet à la modernité, voués à une vie de précarité et de frustration. Ils deviendront ce sous-prolétariat sacrifié sur l’autel du néocolonialisme, dont les trajectoires humaines ont été remarquablement analysées et traduites par Abdelmalek Sayad. La douleur de l’exil n’entamera pas l’acuité du poète. Il demeurera un fervent défenseur des valeurs ancestrales kabyles et, dès 1966, il sera membre de l’Académie Agraw Imazighen, dont l’un des fondateurs, Muhend Bessaoud, est mort en exil en janvier 2002, sur l’île de Wight. Participant actif du mouvement de Libération nationale, il écrira plusieurs livres à compte d’auteur, dont Heureux les martyrs qui n’ont rien vu, en 1963. Ce roman autobiographique est un regard critique sur le fonctionnement de l’intérieur de l’ALN durant la guerre d’indépendance. Son héritage est aujourd’hui porté par le Congrès mondial amazigh, association qui défend la culture berbère.

Dans les années 1970, Slimane Azem orientera son chant vers le combat identitaire et ne cessera de caricaturer l’attitude des dirigeants de l’Algérie nouvelle. Il les représentera selon son inspiration, soit sous la forme de crapaud coassant dans la mare, soit sous l’effigie d’un perroquet bavassant. L’œuvre de Slimane Azem aura contribué au renouveau du chant identitaire kabyle et marqué le désir de perpétuer le souffle d’une identité ancestrale, face à un régime politique qui n’a pas perçu l’intérêt d’apprécier les différents constituants culturels de l’Algérie, en tant que richesses naturelles. En 1981, il donnera un dernier récital à l’Olympia. L’espoir de voir, sentir et vivre sur la terre de ses ancêtres lui sera jusqu’au dernier jour refusé. Malgré son absence physique, Slimane Azem influencera la poésie chantée kabyle. Nombreuses sont les chansons qui habitent encore les esprits de beaucoup d’Algériens de toutes les générations, à l’image des chansons de Matoub Lounès, qui lui dédiera l’un de ses albums. Ce dernier chant sera celui de liesse, car Slimane Azem sait sa descendance assurée. Les générations montantes de poètes chanteurs, comme Aït Menguellet, Idir, Matoub Lounès, ayant entendu son message, ont fait le serment de porter, chacun à sa manière, l’art de la chanson poétique kabyle. Slimane Azem s’éteindra le 28 janvier 1983, après une longue maladie. Jusqu’à ses derniers instants, il n’aura cessé d’écrire et de se languir de son beau pays.

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Re: SLIMANE AZEM

Message par Boualem le Dim 29 Jan 2012, 11:20

IL Y A VINGT-NEUF ANS
Slimane Azem s'est éteint


Il fait partie des artistes auxquels les officiels ne rendent pas hommage mais qui demeurent, grâce à leur œuvre, immortels.

Hier, samedi 28 janvier 2012, vingt-neuf ans déjà sont passés depuis le décès du chanteur Slimane Azem. Il s'agit d'un anniversaire qui, comme d'habitude, passera inaperçu en Algérie car Slimane Azem fait partie des artistes auxquels les officiels ne rendent pas hommage mais qui demeurent, grâce à leur oeuvre, immortels. D'ailleurs, peut-il y avoir un meilleur hommage que celui que lui rendent ses fans en l'écoutant régulièrement? Peut-il avoir meilleure considération que celle de l'excellent interprète Kamel Messaoudi qui a repris ses chansons ou encore les hommages multiples du Rebelle Matoub Lounès, celui de Salah Sadaoui, etc.? Slimane Azem déplait certes à ceux qui ne demandent qu'à être encensés. Non pas à ceux et ils sont beaucoup plus nombreux qui veulent connaître la vérité ou les vérités. Slimane Azem, qui s'est envolé de ce monde suite à une longue maladie, a pu s'imposer contre vents et marées, durant toute la période où il chantait et où il produisait, comme étant le chanteur kabyle N° 1 en dépit de toutes les censures qui n'avaient cessé de lui être infligées et de l'affliger.

Un artiste censuré
Jusqu'à 1988, année où l'Algérie avait connu une ouverture médiatique, Slimane Azem et Matoub Lounès étaient deux chanteurs qui n'avaient aucun droit de cité dans aucun média algérien. Même la chaîne de radio kabyle, la Chaîne II, qui bénéficiait pourtant d'une certaine souplesse a ignoré plus d'une fois les deux noms de ces grands poètes. Si dans le cas de Matoub Lounès, les raisons de la censure sont plus qu'évidentes et le contraire aurait étonné, s'agissant de Slimane Azem, des questions se posent concernant le fait qu'il ait été écarté de toute médiatisation en Algérie bien que des décennies durant il est resté le chanteur kabyle le plus populaire et le plus écouté. En outre, ses poèmes sont loin d'être sulfureux au point d'effrayer les gardiens du temple. En plus d'un exil douloureux, Slimane Azem a eu à subir les affres de la censure et de la dénégation dont seules les victimes peuvent connaître les conséquences. En guise d'explication au comportement du pouvoir de l'époque à l'encontre de Slimane Azem et de ses chansons, le chercheur Mehenna Mahfoufi rapporte ces propos du poète, confiés à un ami quelques jours avant sa mort: «Ce n'est pas moi ou mes chansons que le pouvoir algérien interdit, c'est ma culture, c'est mon appartenance à la société berbère.» De son côté, l'écrivain Youcef Necib rappelle que pendant trois décennies, soit de 1954 à 1983, Slimane Azem a affronté d'abord l'autorité coloniale qui interdit ses chansons patriotiques et le suspecte de nationalisme pendant la guerre de Libération nationale et ensuite, les gouvernants de son pays et des bureaucrates dociles de 1962 à sa mort. «Les premiers le tiennent pour un subversif qui cache son jeu et leurs coups sont amortis par le bouclier fraternel, les seconds le rejettent et jettent sur lui l'anathème du silence», explique Youcef Necib qui a publié un livre sur le chanteur d'Agouni Gueghrane, en 2001, où il a traduit une grande partie de ses textes.
L'ostracisme dont a été frappé Slimane Azem durant toute sa carrière n'a pas réussi à déteindre sur l'amour que ses fans portent à ses chansons. Le cas de Slimane Azem est une preuve irréfutable qu'une censure médiatique ne peut aucunement constituer une barrière devant l'ascension d'un artiste, quand il est authentique et talentueux. D'ailleurs, même ceux qui ne l'aimaient pas vraiment à l'époque, pour une raison ou une autre, ne pouvaient pas remettre en cause son talent inégalé. C'est le cas du fondateur de l'Académie berbère, Bessaoud Mohand Arav. Youcef Necib rapporte dans son livre que Bessaoud Mohand Arav, malgré les déboires qu'il rencontrait avec lui, le qualifiait de «notre meilleur poète du moment».

Exil et affliction
S'il y a bien un thème récurent dans l'oeuvre poétique de Slimane Azem, c'est bel et bien celui de l'exil. Le poète a vécu des décennies loin de sa terre natale. Un exil entouré de mystères car il n'a été jugé ni condamné par aucun tribunal. Il s'agit aussi d'un exil intérieur car Slimane Azem a beaucoup souffert. Celui dont l'une des plus belles chansons est intitulée «Tamurt iw aâzizen» (Mon cher pays), quitte l'Algérie en 1962 et ne reviendra plus. Des raisons sur lesquelles il ne sert à rien de s'attarder ici, sont à l'origine de cette déchirure affective d'avec sa terre natale. Le poète exilé dépérit à petit feu et écrit des textes pour exorciser cette douleur inénarrable de ne pouvoir se rendre à la fontaine de son village. Il s'adresse alors à tous ceux qui peuvent lui ramener des nouvelles du pays: les perdrix, l'hirondelle, le rêve, une nuit d'orage, Dieu ou encore «madame» qu'il supplie de lui servir encore à boire pour oublier le mal d'être déraciné.
Slimane Azem est parti, il est mort exilé sans pouvoir exaucer un voeu qu'il a exprimé dans tant de poèmes dont celui intitulé «Exilé et étranger»: «L'exil saigne mon coeur, et tant pis pour ma raison, qui m'a trainé dans maints pays, Ö tous les saints de chez moi, Soignez ma raison, et ouvrez-moi enfin les bons chemins, ramenez-moi enfin dans mon pays, pour que j'y pratique ma religion, et revoie tous mes amis». L'Expression

Boualem
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