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Aujourd'hui 16 avril c'est la journée du 3ilm (savoir)

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Aujourd'hui 16 avril c'est la journée du 3ilm (savoir)

Message par alakhtal le Jeu 16 Avr 2009, 12:45

Elle coincide avec l'anniversaire de la mort de l'imam Abdelhamid Ben Badis . C'est une journée nationale de commémoration et c'est une occasion pour toutes sortes de manifestations culturelles . A Sétif des conférences et des tables rondes réunissent les citoyens à la maison de la culture pour debattre de la pensée rénovatrice et moderniste de l'imam qui a lutté pacifiquement contre le colonialisme. Sa celebre devise est celebre : "l'Algérie n'est pas la France , ne veut pas être la France et ne peut pas être la France même si elle le voulait" .

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Re: Aujourd'hui 16 avril c'est la journée du 3ilm (savoir)

Message par togir le Jeu 16 Avr 2009, 13:36

Le celebre Nachid du cheikh Ben Badis :


شَعْـبُ الجـزائرِ مُـسْـلِـمٌ وَإلىَ الـعُـروبةِ يَـنتَـسِـبْ

مَنْ قَــالَ حَـادَ عَنْ أصْلِـهِ أَوْ قَــالَ مَـاتَ فَقَدْ كَـذبْ

أَوْ رَامَ إدمَــاجًــا لَــهُ رَامَ الـمُحَـال من الطَّـلَـبْ

يَانَشءُ أَنْـتَ رَجَــاؤُنَــا وَبِـكَ الصَّبـاحُ قَـدِ اقْـتَربْ

خُـذْ لِلحَـيـاةِ سِلاَحَـهـا وَخُـضِ الخْـطُـوبَ وَلاَ تَهبْ

وَاْرفعْ مَـنـارَ الْـعَـدْلِ وَالإ حْـسـانِ وَاصْـدُمْ مَـن غَصَبْ

وَاقلَعْ جُـذورَ الخَـــائـنينَ فَـمـنْـهُـم كُلُّ الْـعَـطَـبْ

وَأَذِقْ نفُوسَ الظَّــالـمِـينَ سُـمًّـا يُـمْـزَج بالـرَّهَـبْ

وَاهْـزُزْ نـفـوسَ الجَـامِدينَ فَرُبَّـمَـا حَـيّ الْـخَـشَـبْ

مَنْ كَــان يَبْغـي وَدَّنَــا فَعَلَى الْكَــرَامَــةِ وَالـرّحبْ

أوْ كَـــانَ يَبْغـي ذُلَّـنـَا فَلَهُ الـمـَهَـانَـةُ والـحَـرَبْ

هَـذَا نِـظـامُ حَـيَـاتِـنَـا بالـنُّـورِ خُــطَّ وَبِاللَّـهَـبْ

حتَّى يَعودَ لـقَــومــنَـا من مَجِــدِهم مَــا قَدْ ذَهَبْ

هَــذا لكُمْ عَـهْــدِي بِـهِ حَتَّى أوَسَّــدَ في الـتُّـرَبْ

فَــإذَا هَلَكْتُ فَصَيْـحـتـي تَحيـَا الجَـزائـرُ وَ الْـعـرَبْ

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Re: Aujourd'hui 16 avril c'est la journée du 3ilm (savoir)

Message par Boualem le Lun 20 Avr 2009, 14:56

Célébration de la Journée du savoir dans nos écoles

Un peu d’imagination SVP !

Instaurée depuis le 16 avril 1976, du temps de feu Houari Boumediène, la Journée du savoir

(Yaoum El-Ilm) journée commémorative de la mort, en 1940, du cheikh Abdelhamid Ben Badis, président de l’Association des oulémas algériens, est célébrée, à ce jour, de la même manière.

Affiches, cours et autres supports didactiques rappelent la vie de Ben Badis, ses œuvres et l’association qu’il a créée en 1931, au moment où la France s’apprêtait à célébrer le centenaire de la colonisation. Dans la plupart des établissements scolaires, l’on se contente de demander aux élèves de rédiger des exposés sur le thème de Yaoum El Ilm. Souvent, les élèves ne sont pas orientés. Livrés à eux-mêmes, ils copient de précédents travaux faits sur le même sujet par leurs aînés. Avec l’avènement de l’internet, la tâche devient de plus en plus facile pour ces bambins desquels on n’exige aucune rigueur. Un simple tour au cybercafé du coin fera l’affaire. Certains cybercafés, habitués à ce genre de sujets, préparent à l’avance une chemise contenant quelques feuillets imprimés relatant la vie de Ben Badis, évoquant l’Association des oulémas musulmans et Yaoum El Ilm de manière générale. Pour 70 à 100 DA, un élève peut se payer un travail qu’il n’aura pas fait.

Universitaire, le gérant d’un cybercafé d’un quartier de l’est d’Alger reconnaît qu’il est difficile de ne pas se contenter de vendre des travaux déjà préparés. “Je ne peux pas faire l’enseignant pour tous les élèves qui viennent ici me demander de leur chercher des informations sur tel ou tel sujet, dont Youm El Ilm”, dit-il. Notre interlocuteur aurait souhaité que les enseignants viennent eux-mêmes avec des groupes d’élèves pour leur apprendre comment trouver sur internet la matière pour un thème donné. “Je suis prêt à les orienter, les aider et même leur consacrer une journée dans mon cybercafé que je fermerais au public afin que les enseignants puissent bénéficier des meilleures conditions de travail, ne serait-ce que pour une journée”, ajoute-t-il. Mais il faut reconnaître que jamais une telle demande ne lui a été formulée par des responsables d’écoles. Dans d’autres établissements scolaires, l’on saisit cette occasion pour honorer les meilleurs élèves, leur attribuer des “prix” et les encourager à continuer. De meilleures idées de célébration de cette journée du 16 avril proviennent d’associations locales. Certaines parmi elles organisent des concours, pour les élèves du primaire en général, sous forme de QCM portant sur plusieurs thèmes : sciences, astronomie, histoire, culture générale et religion. Les gagnants se voient décerner des prix (livres, CD…). Dans certaines villes, comme Constantine où est né Ben Badis, la célébration de la Journée du savoir a un cachet particulier. Les manifestations commémoratives y sont bien plus nombreuses qu’ailleurs et les festivités peuvent prendre l’allure d’une fête nationale (zorna, compétitions sportives, lectures de poèmes…).

Voilà, globalement, à quoi ressemble le 16 avril de chaque année depuis 1976. Certes, les moyens ont changé, notamment avec l’avènement des technologies de l’information et de la communication, mais le cadre est resté le même. Par manque d’imagination ou par conformisme, la Journée du savoir est devenue un rituel où l’on se contente de répéter ce qui est dit depuis des dizaines années.

Pourtant, avec l’avènement de la réforme de l’éducation nationale, il paraissait normal de changer ou d’améliorer l’approche de la célébration de Yaoum Em Ilm pour en faire une véritable journée pour l’introduction dans l’environnement mental de l’enfant d’autres formes de disciplines scientifiques. Certes, il sera toujours utile de rappeler aux élèves ce qu’ont été Ben Badis, ses compagnons et son Association des oulémas ainsi que l’apport de cette dernière dans la lutte contre les formes de déculturation imposées par le colonialisme. Il serait tout aussi important d’insister sur le fait que Ben Badis a très tôt compris l’intérêt de généraliser l’instruction des filles. La première école de filles a été ouverte en 1919 à Sidi Boumaza, à Constantine. Tous ces rappels sont certes nécessaires, mais ils restent largement insuffisants si l’on veut renouveler et donner une autre impulsion, plus contemporaine, à la Journée du savoir.

Il est regrettable de constater que le ministère de l’Education nationale maintien figée cette célébration. Car il faut bien rappeler, qu’il appartient au département de M. Benbouzid de donner les orientations nécessaires pour ne pas tomber dans des sortes d’actions volontaristes hétérogènes sans portée pédagogique réelle.

La visite en Algérie, en février 2005, d’un ancien astronaute américain, le docteur Morin, est passée inaperçue au sein de l’éducation nationale. Une occasion a été magistralement ratée de faire rencontrer à des élèves quelqu’un qui a vu et photographié la planète terre depuis l’espace et qui a effectué des expériences scientifiques dans sa spécialité. Imaginons l’effet qu’aurait eu une telle rencontre avec des lycéens encore indécis sur la filière universitaire qu’ils devront choisir une fois le bac en poche. L’inexistence de journalistes scientifiques n’a pas permis non plus de profiter de la visite cet astronaute qui aurait pu constituer une formidable matière à une émission à diffuser par la télévision nationale à un public plus large d’élèves et d’enseignants.

Les ratages sont malheureusement nombreux. L’on se rappelle de l’éclipse solaire de 2004 où les élèves ont eu droit à une matinée sans classe. N’aurait-il pas été plus intéressant de profiter d’une telle “récréation” pour renforcer l’esprit scientifique chez les élèves en organisant des séances collectives d’observation du soleil qui disparaît partiellement derrière la lune, moyennant lunettes spécialement adaptées à ce genre de situation au lieu d’ancrer dans les esprits de jeunes l’impression qu’une éclipse solaire est une sorte de “malédiction” qu’il faut à tout prix éviter ?

La Journée du savoir devrait donc être une occasion de susciter ou de faire émerger des vocations enfouies dans les têtes de nos chérubins. Leur faire rencontre un astronaute (lorsque l’occasion se présente), des chercheurs algériens qui ont réussi à l’étranger, des inventeurs qui détiennent des brevets d’invention, des étudiants brillants. L’association Sirius d’astronomie de Constantine a déjà donné l’exemple en invitant, le 16 avril 2007, le docteur Ahmed Djebbar, professeur de mathématiques à l’université de Lille et ancien ministre de l’Enseignement supérieur, pour donner une conférence sur “Les sciences arabes : de l’héritage gréco-indien à la réception européenne”.

On ne peut pas indéfiniment et honnêtement continuer à critiquer le système éducatif sans le doter des moyens et des ambitions nécessaires à son épanouissement. Si autour de Yaoum El Ilm l’on pouvait construire toute une démarche pour apprendre aux futurs cadres de l’Algérie à s’approprier de l’héritage scientifique des savants musulmans, mais également des scientifiques qui ont donné des bases solides aux sciences modernes... Leur faire connaître Ibn Khaldoun (sociologie et histoire), Ibn El-Haytham, Taqi Al-Din et Al-Kindi (optique), Jabir ibn Hayyân (chimie), Avicenne, Ibn Nafis, Al Razi et Maïmonide (médecine), mais également les physiciens et mathématiciens comme Albert Einstein, Niels Bohr, Max Planck ainsi que des chercheurs qui ont découvert le virus du sida (Alberto Boretta et Luc Montagnier) et tout récemment, les génies de la micro-informatique comme Steve Jobs (Apple Computers) et Bill Gates (Microsoft). Rien de mieux pour donner aux élèves de bonnes idées et d’excellentes “idoles”, en tout cas bien meilleures que les chebs, les joueurs de foot et autres stars de rap. Ce serait également le meilleur hommage qu’on puisse rendre à Abdelhamid Ben Badis.

Par Abdelkader Djalil -Les débats.

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Re: Aujourd'hui 16 avril c'est la journée du 3ilm (savoir)

Message par Boualem le Lun 20 Avr 2009, 14:57

Le mouvement des oulémas de 1939 à 1954

Depuis mars 1938, les oulémas étaient en état de guerre contre l’administration française. Considérant, comme le disait Ben Badis, que “la science était persécutée, la religion combattue, les mosquées condamnées, les médersas fermées et l’enseignement étouffé”, ils recommandaient aux élus musulmans de cesser toute collaboration au sein des différentes assemblées et d’ignorer les autorités.

On ne s’étonnera donc pas qu’ils aient en septembre 1939 adopté une position de strict neutralisme dans le confit mondial qui s’ouvrait : “Cette guerre n’intéresse pas les Musulmans, ils n’ont pas à y prendre part”, déclara Ben Badis. Mais il aurait confié à l’un de ses disciples qu’il n’hésiterait pas à prendre la tête d’une insurrection contre la France si l’Italie entrait aussi dans la guerre. Le préfet de Constantine s’entendit pourtant dire par le même Ben Badis que, vu leur petit nombre, les partisans des oulémas, “cette classe d’isolés qui vivent tournés vers l’avenir, ne constituent pas un danger pour votre Etat”. L’administration qui ne dénombrait que 1800 adhérents au mouvement des oulémas en Algérie partageait cette opinion et laissa librement circuler Ben Badis, avant que celui-ci frappé par la maladie ne dût s’aliter. Il mourut le 16 avril 1940. La disparition d’une personnalité aussi puissante devait durablement affaiblir le mouvement.

L’administration n’en avait pas moins renforcé sa surveillance autour des autres oulémas, dont certains, tel le nouveau président de l’Association Bachir al-Ibrahimi, furent assignés à résidence forcée, d’autres placés dans les centres surveillés. Le secrétaire permanent, Ferhat Derraj, fut arrêté en novembre 1939 et libéré le 30 janvier 1940. Au cours du mois de ramadan, certaines prédications réformistes affirmèrent qu’à la faveur de cette guerre l’Algérie finirait par acquérir son indépendance, comme l’Egypte l’avait fait après la première guerre mondiale. Les sympathisants des oulémas se réjouissaient de ce que “la guerre aurait nécessairement pour résultat d’unir à jamais les partis musulmans”. La police sut que certains oulémas avaient recommandé à leurs fidèles l’écoute des radios allemandes et tentaient de faire parvenir des correspondances aux speakers arabes de Radio Berlin.

La répression administrative ne cessa pas sous le régime de Vichy, encore que la direction des Affaires indigènes ait laissé entendre en juin 1940 que le décret du 8 mars 1938 serait aboli. Après avoir espéré le retour à la liberté d’enseignement, les oulémas conseillers nationaux musulmans. Sortant de leur long silence, sept oulémas, dont Larbi Tebessi et Mubarek El-Mili, réclamèrent avec hauteur la libération de Bachir El-Ibrahimi et des autres internés ou assignés à résidence, “l’égalité du traitement avec les hommes de la religion chrétienne”, la liberté d’enseigner et de prêcher dans les mosquées. Leur requête ne reçut qu’un accueil très réservé. Dès lors, Larbi Tebessi rappela à tous ses fidèles les impériaux devoirs que leur dictait l’Islam : “Propager cette noble religion, faire du prosélytisme, répandre l’enseignement musulman chez les jeunes et les adultes.” Aux lendemains du débarquement allié, l’Association obtint la libération de ses leaders.

Le cheïkh Ibrahimi fut remis en liberté le 28 décembre, après avoir été convoqué et reçu par le général Giraud. En revanche, le cheikh Larbi Tebessi fut arrêté en mars 1943 sous l’inculpation d’intelligence avec l’ennemi.

Il devait faire l’objet d’un non-lieu quelques mois après. Les oulémas adhérèrent tout naturellement à la formation du mouvement des Amis du Manifeste et de la Liberté et leur chef affirma même que le rapprochement entre Messali et Abbas n’avait pu se faire que grâce à ses bons offices. Les oulémas firent plus en participant activement à la lutte contre l’ordonnance du 7 mars 1944. L’un d’eux, cheikh Hadi Senoussi, aurait déclaré que ceux qui s’inscriraient dans le premier collège électoral seraient considérés comme des renégats. Participant au climat d’enthousiasme patriotique, les oulémas encourageaient l’espérance des nationalistes ; en mars 1945, le cheikh Ibrahimi assura que la conférence de San Francisco allait mettre au point l’indépendance de l’Afrique du Nord.

Après les événements de mai 1945 qui amenèrent notamment l’arrestation du cheikh Ibrahimi, l’Association des oulémas se désolidarisa des nationalistes du PPA tenus pour irresponsables qui s’étaient laissé manœuvrer par la police. Elle refusa désormais tout contact avec eux, appuyant au contraire le parti de Ferhat Abbas, ce que le PPA dénonça comme une trahison et un réflexe de classe. Toutefois, lorsque l’organe des oulémas, Al Baçâ’ir, fut autorisé à reparaître en 1947, Ibrahimi s’y fit le champion de l’unité nécessaire par delà les partis politiques. En octobre 1949, Tawfiq El-Madani lança à nouveau un appel solennel à l’union, mais il s’adressait cette fois aux seuls partis : leur combativité avait eu raison des réticences de l’Association des oulémas.

Les oulémas se laissèrent peu à peu gagner à l’idée de participer à nouveau à une action politique et l’Association prit part aux discussions qui préparèrent la constitution d’un Front algérien. Le cheikh Tebessi assura que l’Algérie arabo-musulmane libre serait ouverte à tous : “Si nous avions un gouvernement islamique il n’y aurait pas entre nous séparation de religion, ni différenciation de race.”

Mais la véritable entente selon le cœur des oulémas, c’eût été l’union avec les partis nationalistes frères du Maghreb qu’ils saluèrent en 1952. La déclaration de Chantilly en faveur de l’indépendance de la Tunisie signée par tous les partis nationaux nord-africains, communistes exclus, le 28 janvier 1952, permit aux oulémas de s’associer au Front, à Paris, au “le pacte nord-africain” qui liait en principe tous les partis et mouvements nationaux dans un Comité d’unité et d’action nord-africain. Celui-ci, placé sous la présidence du cheikh Ibrahimi, endentait coordonner la lutte pour la libération du Maghreb, mais se révéla vite inefficace. C’est pourquoi sans doute les oulémas s’efforcèrent de travailler à nouveau par priorité à l’union des partis nationalistes algériens. Le cheikh Tebessi et Tawfiq al-Madani proposèrent en février 1953 dans Al Manâr la convocation “d’un congrès national algérien pour réaliser l’union populaire et définir la fonction de la communauté algérienne”. Ils ne furent point entendus.

Comme avant la guerre, les oulémas demeurèrent vigilants vis-à-vis des tentations que la théorie berbériste offrait aux Kabyles et aux intellectuels de formation française. Niant jusqu’à l’existence d’un peuple berbère, puisque, complètement arabisé, celui-ci ne pouvait avoir conservé sa personnalité, ils combattirent le mythe kabyle des Français et la prétendue conquête arabe qui ne fut, disaient-ils, “qu’une expédition civilisatrice”. Ils dénoncèrent les tentatives du colonialisme d’affaiblir la langue arabe par la diffusion des dialectes berbères, notamment par la création d’une chaîne kabyle à Radio-Alger. “Le berbérisme, doctrine réactionnaire de division impérialiste”, selon Amar Ouzeghhâe dans le Jeune Musulman, n’était qu’un instrument de domination au service de la colonisation. Les oulémas n’étaient pas accusés de berbérisme n’étaient en fait que des agents français.

Mais la lutte contre le berbérisme n’était qu’un aspect du combat plus général que les oulémas menèrent de 1943 à 1954 sur la question du culte musulman et pour la défense de la langue arabe.

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Re: Aujourd'hui 16 avril c'est la journée du 3ilm (savoir)

Message par Boualem le Lun 20 Avr 2009, 14:58

...
La défense de l’Islam et de l’arabisme

Le 3 août 1944 les comités consultatifs du culte musulman où siégeaient des fonctionnaires français furent supprimés. Les oulémas y virent une victoire, mais ils n’apprécièrent pas le rétablissement des cultuelles musulmanes dans leurs anciennes attributions. L’Administration continuait à agréer les agents du culte présentés par les cultuelles. Si la séparation des cultes et de l’Etat était promise dans le statut de 1947, l’Assemblée algérienne ne se hâtait point de la réaliser. Plutôt que de consacrer l’indépendance du culte musulman, elle préférait le voir demeurer entre les mains des agents nommés et rétribués par l’administration, l’Association des oulémas estimait au contraire que seule la communauté musulmane était habilitée à gérer les affaires du culte ; aucune ingérence administrative n’était tolérable. L’Etat français devait restituer à la communauté des Croyants les biens habous dont il s’était emparé. Pratiquement, les oulémas proposèrent en mai 1950 d’instituer un Conseil provisoire islamique chargé de mettre en place, avec les présidents de nouvelles associations cultuelles élues, le Conseil supérieur islamique auquel l’Administration céderait les biens habous et les ressources nécessaires aux traitements du personnel du culte. N’obtenant pas satisfaction, les oulémas n’hésitèrent pas à fonder des mosquées privées où ils pouvaient prêcher librement et y réussirent grâce à la générosité des fidèles.

Pour défendre et répandre la langue arabe, ils développèrent leur presse, participèrent à la fondation des éditions En Nahda et surtout développèrent leur effort scolaire. L’Association disposait d’environ 90 écoles en 1947 avec une vingtaine de milliers d’élèves. En 10947 fut ouvert à Constantine le mahad (Institut) Ben Badis ; cet établissement d’enseignement secondaire visait essentiellement à préparer des maîtres pour les écoles primaires de l’Association et des étudiants pour la Zaytûna de Tunis. Il aurait compté jusqu’à 700 élèves. En 1950, l’Association publia la liste de ses 124 écoles et de ses 274 maîtres et annonçait qu’elle scolariserait 100 000 enfants, chiffre manifestement exagéré puisqu’en 1954 elle faisait état de 40 000 élèves seulement et l’Administration de 22 000. En 1955, les oulémas disposaient de 181 écoles dont 58 médersas donnant un enseignement de niveau plus élevé à 11 000 élèves. La langue arabe et les disciplines religieuses formaient la base de cet enseignement où les matières scientifiques étaient quelque peu négligées. Du moins, ces médersas formaient-elles une jeunesse sachant très couramment lire, écrire et parler l’arabe moderne. Les oulémas s’intéressaient aussi de près au mouvement des Boys-Scouts musulmans d’Algérie (BSMA) qu’ils avaient discrètement suscité en 1948 contre les Scouts musulmans d’Algérie (SMA) trop politisés à leur gré. Dans le conseil d’administration des BSMA siégeaient notamment le cheikh Bachir Ibrahimi, Malek Bennabi et le cheikh El Ghassiri ; ce dernier a titre de mourchîd, (guide) ayant le rôle d’un aumônier, les BSMA qui n’avaient qu’une vingtaine de troupes en 1949 ne furent reconnus qu’en 1950 par les autorités françaises.

Les oulémas organisaient également de véritables missions intérieures pour faire connaître aux populations rurales ce qu’était l’Islam orthodoxe et dénoncer inlassablement les méfaits des marabouts et des adeptes des confréries. Ils leur apportaient en même temps les échos du monde arabe oriental et du renouveau culturel et nationaliste.

Ces missions politico-religieuses étaient aussi développés parmi les travailleurs émigrés en France : elles visaient à persuader ceux qui auraient été tentés de s’en affranchir de la nécessité de la religion et de l’enseignement religieux pour leurs enfants. Les oulémas ouvrirent donc des écoles coraniques et des centres culturels à l’usage de la colonie algérienne. On s’efforçait surtout de sensibiliser les émigrés à l’avenir national de l’Algérie, à la renaissance de l’Islam et de la langue arabe.

Moins spectaculaire que l’action purement politique des partis nationalistes, la prédication continue des oulémas n’en exerça pas moins une influence appréciable sur la formation d’une opinion à la fois nationaliste et religieuse. Face aux idéologies étrangères, les oulémas pouvaient se vanter d’être les seuls à proposer aux Algériens des doctrines authentiquement arabo-islamiques qui mettraient à leur aliénation politique et culturelle. Toutefois, aux yeux de la jeunesse nationaliste et révolutionnaire, ils apparaissent, dès 1954, comme un mouvement conservateur, voire rétrograde.

Par Robert Ageron
In Histoire de l’Algérie

Source: Les débats

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Re: Aujourd'hui 16 avril c'est la journée du 3ilm (savoir)

Message par Boualem le Lun 20 Avr 2009, 14:59

La personnalité de Ben Badis

Abdelhamid Ben Badis naquit à Constantine en 1889 au sein d‘une célèbre famille patricienne, tôt ralliée à la France. Son grand-père, El Mekki Ben Badis, cadi et premier conseiller général nommé de Constantine, avait été décoré de la main de Napoléon III et fut appelé en consultation à Alger et à Paris.

Son père fut délégué financier et membre du Conseil supérieur ; il était bachagha et grand dignitaire dans l’ordre de la Légion d’honneur. L’un de ses frères, Mouloud al-Zubayr, reçut une éducation française et devint un avocat très francisé. Lui-même ne fréquenta cependant jamais l’école française, reçut l’enseignement d’un précepteur, le cheikh Hamdane Lounissi (Wanîsî), avant de terminer ses études en Tunisie à la Zaytûna. Malgré cette formation purement orientale, il savait et lisait le français, mais professait ne pas le connaître et il affecta toujours de parler aux Français par l’intermédiaire d’un interprète.

Lorsqu’il eut achevé ses études en 1911, il ouvrit dès l’année suivante une école à la mosquée verte de Constantine. En 1914, ayant accompli le pèlerinage et visité les grandes villes d’Orient, il choisit au retour de vivre encore à Tunis au sein de la Zaytûna pendant toute la première guerre mondiale. Il reprit ensuite son enseignement à Constantine. Il y vécut désormais sans interruption jusqu’à sa mort en avril 1940.

Dégagé par la protection des siens de tout souci matériel et mis à l’abri des tracasseries administratives, il put se consacrer uniquement à sa mission religieuse et politique, à ses tâches d’enseignant, de commentateur du Coran, puis d’animateur d’un mouvement.

Il avait été très tôt converti par ses premiers maîtres à l’Islâh et se pénétra de l’atmosphère réformiste et nationaliste de la Zaytûna. Lors de son séjour au Proche-Orient, il obtint du grand maître égyptien, le cheikh Bakhît, une idjaza qui l’agréait comme l’un des disciples de l’école réformiste. Dès lors, il entendit consacrer sa vie à la renaissance de l’Islam orthodoxe dans sa patrie et à l’affirmation de la personnalité musulmane de l’Algérie, sa “raison d’être”. Personnalité du type prophétique, ascète au regard brûlant, il fut tout à la fois un mystique qui goûtait dans la prière et la récitation du Coran une véritable ivresse et un réformateur religieux et politique. Au service de sa foi il mit un incomparable dévouement, son zèle d’éducateur, enfin des qualités de journaliste et de propagandiste ; car cet écrivain de talent fut également doué pour l’art oratoire. Ses vertus morales, ses mérites intellectuels le désignèrent très vite à l’attention de ses coreligionnaires. Salué comme “guide” de la communauté d’abord dans sa ville natale, son prestige de dirigeant de l’Association des Oulémas fit rayonner son influence dans l’Algérie tout entière. Pour ses fidèles, il fut l’“imam du siècle”.

Lorsqu’en juillet 1925 il commença à publier Al Muntaqid, “journal national indépendant, agissant pour le bonheur du peuple algérien avec l’aide de la France démocratique”, il ne cachait pas ses principes : “La vérité par-dessus tout, la patrie avant tout” et annonçait une sévère critique, faite au nom de “la sauvegarde de la nationalité algérienne”, des mœurs et des comportements politiques des Algériens musulmans et des Français. Al Muntaqid, “censeur” trop vigilant de la politique française, devait être interdit à son dix-huitième numéro, mais, comme devait l’écrire Ben Badis en avril 1935, “il attira l’attention des Algériens musulmans sur leur droit à prendre place parmi les peuples, leur montrant qu’ils formaient une nation ayant en propre sa langue, sa religion, son histoire”.

Le Muntaqid fut immédiatement remplacé en novembre 1925 par Al Chihab (Le Météore). Cette revue mensuelle, qui fut régulièrement publiée jusqu’à la guerre de 1939, devait être l’un des instruments les plus efficaces dans la diffusion des doctrines réformistes. Mais ces deux publications servirent d’abord à rassembler l’équipe de ceux qui allaient former l’Association des oulémas. Parmi les collaborateurs dont s’entoura Ben Badis, il faut mettre au premier plan celui qui fut son principal lieutenant avant d’être son successeur en 1940, Bachir Ibrahimi (1889-1965). Le cheikh Ibrahimi, né à Bougie, avait vécu de 1912 à 1922 en Orient, à Médine, puis à Damas où il fut professeur. Revenu en Algérie il s‘agrégea dès 1925 au groupe qui allait publier le Chihâb, fut le vice-président de l’Association des oulémas en 1931 et se fixa à Tlemcen pour diriger le mouvement dans l’Oranie. Professeur, prédicateur, journaliste, littérateur, ce “bourge”ois panarabe” devait s’imposer comme l’un des maîtres du néo-classicisme arabe.

Tayyib El-Uqbi (1888-1960) avait lui aussi vécu jusqu’en 1920 à Médine avant de revenir s’installer à Biskra. acquis aux doctrines néo-wahhabites, ce prédicateur passionné ne cessa de diffuser un enseignement religieux violemment opposé aux pratiques hétérodoxes, mais il entendit toujours s’interdire le domaine politique, ce qui devait après des années d’entente l’amener à rompre avec le cheikh Ben Badis.

Mubarak El-Mili (1897-1945), le penseur du groupe, avait été l’élève de Ben Badis avant d’aller compléter sa formation à Tunis. C’est à Laghouat, où il avait ouvert une école dès 1927, qu’il composa la première histoire nationale de l’Algérie en langue arabe : Histoire de l’Algérie de l’Antiquité à nos jours (2 volumes, 1928-1932) dont la dédicace à la jeunesse algérienne indique l’esprit : l’histoire devait être pour elle à la fois le miroir du passé et l’instrument de redressement d’un peuple. Le cheikh Mubarak devait s’affirmer comme un animateur religieux et culturel successivement à Laghouat, à Mila et à Constantine. Son œuvre essentielle fut un traité doctrinal et polémique publié en 1937, De l’associationnisme et de ses aspects, œuvre de théologie engagée et instrument de lutte antimaraboutique.

A côté de ces quatre personnalités de premier plan on doit placer des figures de moindre envergure peut-être, mais dont le rôle politique fut parfois plus considérable. Ce fut le cas notamment de Toufiq Madani et de Lamine Lamoudi. Ahmad Tawfiq El-Madani, né à Tunis en 1899 et ancien élève de la Zaytûna, fut l’un des fondateurs en 1920 du parti destourien et le rédacteur en chef en 1921 d’Ifrîqya. Expulsé de Tunisie vers l’ Algérie pour ses activités nationalistes et la propagande qu’il déploya en faveur d’Abdelkrim, il ne tarda pas à rejoindre le groupe du Chihab.

Il fut le principal chroniqueur politique de cette revue et s’y affirma comme le plus efficace propagandiste du nationalisme. Eminence grise de Chakib Arslan, ouvert aux problèmes politiques internationaux, lettré en français, son activité de publiciste et de politique fut essentielle. Son Livre de l’Algérie (1932), œuvre polémique et “histoire patriotique”, devint l’encyclopédie du nationalisme algérien.

Lamine Lamoudi fut de 1931 à 1935 le secrétaire général de l’Association des oulémas, et de 1934 à 1939 le rédacteur en chef du journal La Défense. Publiciste de langue française, il porta les thèmes du réformisme et du nationalisme à la connaissance du public algérien de culture française et tint grâce à son journal une place importante dans la vie politique.

On peut citer encore les noms du cheikh Larbi Tebessi, un ancien d’Al-Azhar, teinté d’intégrisme musulman, et dont le nom ne devint toutefois célèbre qu’après 1940, mais qui joua un rôle dès 1932 comme infatigable laudateur de la cité musulmane, et celui de Saïd Zâhirî, journaliste, littérateur et poète, qui disait en 1934 ne “poursuivre qu’un but : réveil de mon peuple et de mon pays".

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Re: Aujourd'hui 16 avril c'est la journée du 3ilm (savoir)

Message par Boualem le Lun 20 Avr 2009, 15:03

Un 16 avril pour Ben Badis et Jean El Mouhoub Amrouche

Ben Badis et les couleurs de l’Algérie plurielle

Presque soixante-dix ans après la mort du fondateur de l’Association des oulémas algériens, la présentation de la personnalité de Abdelhamid Ben Badis demeure entourée d’un mythe qui mystifie l’homme plus qu’il en vulgarise l’œuvre spirituelle et pédagogique.

La raison se trouve probablement dans ce zèle peu explicable des autorités politiques et des responsables de l’Éducation à sur-baptiser moult infrastructures scolaires et autres rues et même communes au nom de Ben Badis sans qu’un effort de vulgarisation vienne accompagner cette installation de toponymie. Une autre preuve que le réformateur algérien est figé et moulé dans une image d’Épinal stéréotypée est cette indigence iconographique qui limite la photo du personnage à celle placardée sur les murs des écoles et imprimée sur les livres scolaires, une photo à l’âge adulte où le personnage pose son index sur la tempe en signe de profonde réflexion. Pourtant, le fonds archivistique de l’Association des oulémas, y compris dans les différents numéros d’El Baçaïr, comprend des photos où Ben Badis présente un visage jovial, discute avec les gens devant la mosquée et donne des cours d’éducation civique.

À cette figure statufiée que lui ont confectionnée les anciens responsables idéologiques du parti unique, se greffe un autre mythe d’une prétendue “immunité” dont jouit l’Association des oulémas en matière d’analyse historique quant à son rôle dans le Mouvement national. Les observations du professeur Ali El Kenz et de l’historien Mohamed Harbi au sujet du retard du “souffle révolutionnaire” qui grèverait l’histoire de cette association n’ont presque pas droit de cité. Son adhésion tardive à la logique de la guerre de Libération ne figure sur aucun manuel scolaire. Ce ne fut qu’après d’âpres discussions avec Abane Ramdane – au même titre que celles qui ont conduit à l’adhésion des autres composantes telles que le PCA, la tendance Ferhat Abbas… – que l’intégration des membres de l’Association a eu lieu.

Pense-ton rendre service aux oulémas et à leur père, Ben Badis, en jetant un voile sur une partie de leurs parcours ou de leur conduite ? C’est assurément l’effet inverse qui se produit lorsque des élèves découvrent sur d’autres supports, extra-scolaires, des facettes méconnues des héros adulés. Pourtant, le rôle de l’Association des oulémas demeure considérable dans le travail d’enseignement et de sensibilisation. Le mérite des medersas qu’elle initiées est d’autant plus grand que ce sont les adhérents eux-mêmes qui payaient le maître d’école. Ce dernier est à la fois instituteur, imam et éveilleur de conscience. Avec le déclenchement de la guerre de Libération, ce sont des enfants à peine âgés de 7 ou 8 ans qui faisaient le guet à l’entrée du village pour annoncer une éventuelle entrée des soldats français. L’école est alors désertée par ses occupants jusqu’à la prochaine accalmie.

Un spectre diapré

L’histoire récente de notre pays nous enseigne également que des personnalités littéraires, artistiques ou historiques algériennes ou qui font partie intégrante de l’histoire d’Algérie ont été, tour à tour, escamotées, niées ou marginalisées quand elle dérangent le mythe de l’unicité de la pensée, exaltées et adulées – momentanément – lorsqu’elles peuvent servir des desseins interlopes, par exemple des alibis pour que la sphère “intellectuelle” se prévale de l’esprit de modernité et de tolérance.

Dans les programmes littéraires des collèges ou lycées ne figurent ni Le Traité du manteau de Tertulien, ni L’Âne d’or d’Apulée, ni La Cité de Dieu de Saint-Augustin, ni même Secrète Étoile de Jean Amrouche ou Leila, jeune fille d’Algérie de Djamila Debèche.

Bien avant le domaine tant convoité de l’activité politique, le pluralisme et la tolérance sont censés être des réalités concrètes qui doivent prendre racine d’abord à l’école et dans l’ensemble de nos institutions culturelles.

En commémorant à juste titre la mort du père des oulémas algériens et en décrétant cet anniversaire du 16 avril comme Journée du savoir, l’État algérien n’a, malheureusement, jamais pris en compte que cette même date, à savoir le 16 avril, nous rappelle la mort, en 1962, d’un des plus grands poètes algériens de langue française, Jean El Mouhoub Amrouche. Jean Amrouche fait partie de ces “parias” de la culture officielle, bien qu’il ait contribué à sa façon à la lutte de Libération nationale. “Il est le plus grand poète d’expression française en Algérie, à ce jour inégalé et qui ne souffrirait la comparaison qu’avec un Saint John Perse ou un Aragon”, disait de lui Abdelkrim Djâad. Poète et essayiste accompli, ayant fréquenté les grands penseurs et écrivains du XXe siècle – il a eu même avec certains d’entre eux (à l’image de Paul Claudel et André Gide) des entretiens radiophoniques devenus historiques – Jean Amrouche était un artisan sincère du dialogue franco-algérien. Il agit dans le sens de la modération, mais sera déçu par l’incompréhension, l’intransigeance et les atermoiements des milieux officiels français qui rendent chaque jour un plus intolérable le joug de la domination coloniale qui ligote tout un peuple évoluant rapidement sous le pression des événements. Amrouche se découvre irréductiblement algérien. Déjà, en 1946, cherchant à définir le tempérament maghrébin, il a intitulé son essai sur le génie africain L’Éternel Jugurtha, en référence à l’ennemi des Romains, figure de la résistance et de la révolte.

En 1958, il prend parti avec éclat, mais non sans profond déchirement, pour l’insurrection algérienne par des conférences et de nombreux articles publiés dans la presse. Ses derniers poèmes – des “chants de guerre” – dénoncent le mirage d’une impossible intégration qui l’a exilé de sa seule patrie, l’Algérie.

“Nous voulons habiter notre nom
Vivre ou mourir sur notre terre mère
Nous ne voulons pas d’une patrie marâtre
Et des riches reliefs de ses festins
Nous voulons la patrie de nos pères
La langue de nos pères
La mélodie de nos songes et de nos chants
Sur nos berceaux et sur nos tombes
Nous ne volons pas errer en exil
Dans le présent sans mémoire et sans avenir.
Ici et maintenant, nous voulons,
Libres à jamais sous le soleil, dans le vent, la pluie ou la neige,
Notre patrie, l’Algérie.”

Le Combat algérien (1958)

Jusqu’à quand l’Algérie continuera-t-elle à se permettre des proscriptions de noms, des scotomisations de mémoires et des “omissions” dommageables pour la culture nationale ? La réconciliation entre Algériens n’est-elle pas également cette façon d’assumer dans son sa totalité notre héritage culturel, notre histoire et les couleurs de notre présent ? Une Journée du savoir où se côtoieraient, comme un spectre diapré, Abdelhamid Ben Badis et Jean Amrouche, serait-ce une hérésie ?

Par Saâd Taferka

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" L'amour abstrait de l'humanité est presque toujours de l'égoïsme."Dostoievski
"La générosité n'est souvent que l'aspect intérieur que prennent nos sentiments égoïstes quand nous ne les avons pas encore nommés et classés." Marcel Proust
"L'égoïsme n'est pas l'amour de soi, mais une passion désordonnée de soi"Aristote
" C'est n'être bon à rien de n'être bon qu'à soi" Voltaire
"L'égoïste est triste parce qu'il attend le bonheur" Alain
"Le bonheur est né de l’altruisme et le malheur de l’égoïsme."Bouddha
"L'amour, c'est l'égoïsme en deux personnes."Stanislas de Boufflers
"L'égoïsme intellectuel est peut-être l'héroïsme de la pensée."Gustave Flaubert
Convertisseur de devises
ils ont dit au sujet de la volonté
" Il n’y a qu’une route vers le bonheur c’est de renoncer aux choses qui ne dépendent pas de notre volonté."Epictète
"Ne laissez pas votre volonté gronder lorsque votre pouvoir ne peut que murmurer." Anonyme
"C’est une erreur fatale d’entrer en guerre sans la volonté de gagner."Douglas MacArthur
" Rien n'est près, rien n'est loin, tout est une question de volonté." Jérôme Treffel
"Nous subissons les événements, mais notre volonté en achève les conséquences." Sandrine Mura
"La conviction est la volonté humaine arrivée à sa plus grande puissance."Honoré de Balzac
"Si tu n’as jamais changé avant, c’est que tu n’en avais pas la volonté."Robert H. Schuller
"Accepter la volonté de Dieu est le remède de toutes les maladies du coeur."Hazrat Ali

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