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Sortie à titre posthume du livre de Ferhat Abbas : " Demain se lévera le jour"
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Sortie à titre posthume du livre de Ferhat Abbas : " Demain se lévera le jour"
«Je suis au soir de ma vie. Ce livre est le dernier acte de ma vie politique. C’est un adieu à l’Algérie, à mes amis du Maghreb et à tous ceux que j’ai aimés et servis durant ma longue carrière. Et aussi un adieu à mes amis français de France et d’Algérie, et particulièrement à ceux qui ont vécu à nos côtés durant notre terrible guerre de Libération, souvent au péril de leur vie»
«Lorsque Abdelhalim Abbas, fils du regretté et illustre Ferhat Abbas, me demanda d’écrire la préface de cet ouvrage inédit de l’homme politique algérien, publié aujourd’hui à titre posthume, j’ai d’abord éprouvé un sentiment de surprise que ce grand homme ait laissé un manuscrit d’une valeur certainement inestimable. Cette sensation soudaine de le savoir parmi nous, comme s’il n’était jamais parti», écrit Leïla Benammar Benmansour, docteur en information et communication, dans la préface de Demain se lèvera le jour, considéré comme le livre testament de Ferhat Abbas. «Je suis au soir de ma vie. Ce livre est le dernier acte de ma vie politique. C’est un adieu à l’Algérie, à mes amis du Maghreb et à tous ceux que j’ai aimés et servis durant ma longue carrière. Et aussi un adieu à mes amis français de France et d’Algérie, et particulièrement à ceux qui ont vécu à nos côtés durant notre terrible guerre de Libération, souvent au péril de leur vie», écrit de son côté Ferhat Abbas au début du premier feuillet de son manuscrit signé et daté du mois de mars 1985. Le livre Demain se lèvera le jour est, donc, un ouvrage inédit publié dans la collection Etudes et Documents de Alger- Livres Editions. «Demain se lèvera le jour a été écrit par mon regretté père durant sa résidence surveillée sous le régime boumediéniste, et peaufiné dans les dernières années de sa vie. Son écriture a été annoncée par mon père dès 1981 dans la nouvelle édition du Jeune Algérien, mais la maladie l’a empêché de le publier en temps voulu. Il me confia le manuscrit en insistant sur la chose la plus importante à ses yeux, que ce livre soit publié quand un système vraiment démocratique sera installé en Algérie, et que le mot liberté ait pris tout son sens», explique Abdelhalim Abbas dans l’«Avertissement» de l’ouvrage. Ferhat Abbas se demande : «Que nous réserve l’an 2000 ? Où va notre civilisation ? Gardons-nous d’émettre la moindre opinion. L’avenir appartient à Dieu et à ceux qui le feront.» Cependant, il a fait ce constat : «Nous avons pris un retard mortel. Arriverons- nous en bonne santé à la fin de ce siècle ? Ne confondons pas démocratie, liberté avec intolérance et désordre public. Il est temps qu’un pouvoir fort et juste en même temps s’arme de lois, mobilise à nouveau le pays et nous contraigne à balayer devant nos portes.» (des propos qu’on dirait faits aujourd’hui). Dans cet ouvrage, dirons-nous prémonitoire, Ferhat Abbas écrit aussi : «Or voici qu’apparaît aux portes d’Alger le terrorisme politique, qui n’hésite pas à tuer, à frapper des innocents (…). La tuerie de Larbaâ est grave. Nous sommes gagnés par le démon individualiste et la course vers le pouvoir qui veut s’imposer par la terreur (…). Nous sommes tous concernés par ce drame. Il ne relève pas uniquement du gendarme, mais de la vigilance et de la cohésion du peuple lui-même. En particulier, les anciens moudjahidine doivent réagir. Par leurs sacrifices, ils nous ont restitué le pays de nos ancêtres. Une fois de plus, leur devoir est de sauvegarder son unité nationale.» Né le 24 août 1899 à Chahna, commune de Taher (wilaya de Jijel), Ferhat Abbas est le président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et président de la première assemblée nationale constituante de l’Algérie indépendante. «En 1963, il démissionne de la présidence de l’assemblée nationale, refusant de soutenir l’atteinte à la démocratie », souligne Leïla Benammar Benmansour. Cela lui coûta d’être privé de sa liberté durant près de vingt années, avant d’être libéré et décoré de la médaille du résistant par Chadli Bendjedid. Décédé le 24 décembre 1985 à son domicile à Kouba, il est enterré au Carré des martyrs du cimetière El-Alia à Alger. «C’est en Algérie que je me sens vivre et c’est dans mon pays que je souhaite mourir», dira-t-il dans Demain se lèvera le jour, un livre disponible depuis lundi sur les étals des librairies. Ferhat Abbas est l’auteur des ouvrages le Jeune Algérien (1931, réédition en 1981), La nuit coloniale (1962), Autopsie d’une guerre (1980) et L’indépendance confisquée (1984). Leïla Benammar Benmansour, de son côté, est l’auteur de Ferhat Abbas, l’injustice (Alger- Livres Editions 2010). A l’occasion du 25e anniversaire de la disparition de Ferhat Abbas, ses proches s’attèlent à organiser une table-ronde, prévue en décembre 2010, et qui sera consacrée à la vie, au combat et au parcours de cette grande personnalité de l’histoire moderne de l’Algérie.
K. B.
Demain se lèvera le jour de Ferhat Abbas (ouvrage inédit, publié à titre posthume). Editeur : Alger- Livres Editions. Novembre 2010. 171 pages.
Extraits de Demain se lèvera le jour
- «J’ai vécu un demi-siècle sous le régime colonial. J’en ai subi les contrecoups autant sinon plus que mes autres compatriotes. Je n’appartiens pas à la chevalerie arabe, ni à la noblesse maraboutique, pas même à la «bourgeoisie».
- Le racisme des Français d’Algérie n’était pas identique à celui de l’Afrique du Sud. Ce que les colons n’ont jamais admis est le fait que nous revendiquions pour échapper aux lois d’exception et nous élever à leur niveau. Cette revendication les rendait haineux et méchants, car ils avaient conservé de l’arabe une peur viscérale venue du Moyen-Âge, peur attisée par la crainte de nous voir bénéficier des mêmes droits qu’eux.
- En juillet 1962, l’indépendance acquise, nous nous sommes comportés comme un peuple sous-développé et primitif. Nous nous sommes disputés les places et nous avons tourné le dos aux valeurs et aux vertus qui nous ont conduits à la victoire. J’ai vu nos mœurs dégénérer en traumatisant l’Algérie musulmane comme elle ne l’avait été durant la guerre. Notre République algérienne a été affublée d’un appendice, celui de «démocratie populaire», ce qui veut dire, en clair, qu’elle n’est ni démocratique ni populaire.
- Tout ce qui a motivé notre insurrection a été saboté : le respect des droits de l’homme, celui des libertés individuelles et de la dignité du citoyen, le retour du fellah à la terre, le respect de la propriété privée. Nous sommes installés dans le provisoire et la médiocrité et nous avons cessé de travailler. Dans leur majorité, les Algériens ont confondu indépendance et Etat-providence. Tout un chacun se mit à attendre les pétro-dollars.
- Peut-être le lecteur permettra-t-il à mon âge d’exprimer un souhait : celui de voir les générations de demain vivre de leur travail, s’entourer de bien-être et vivre en paix. C’est mon vœu le plus cher.
- La nuit coloniale est morte. Le Moyen-Âge et sa violence se meurent. Les guerres religieuses s’achèvent. Demain se lèvera le jour».
Alger, mars 1985
F. Abbas
LE SOIR d'ALGERIE
ABBAS UN GRAND !
«Lorsque Abdelhalim Abbas, fils du regretté et illustre Ferhat Abbas, me demanda d’écrire la préface de cet ouvrage inédit de l’homme politique algérien, publié aujourd’hui à titre posthume, j’ai d’abord éprouvé un sentiment de surprise que ce grand homme ait laissé un manuscrit d’une valeur certainement inestimable. Cette sensation soudaine de le savoir parmi nous, comme s’il n’était jamais parti», écrit Leïla Benammar Benmansour, docteur en information et communication, dans la préface de Demain se lèvera le jour, considéré comme le livre testament de Ferhat Abbas. «Je suis au soir de ma vie. Ce livre est le dernier acte de ma vie politique. C’est un adieu à l’Algérie, à mes amis du Maghreb et à tous ceux que j’ai aimés et servis durant ma longue carrière. Et aussi un adieu à mes amis français de France et d’Algérie, et particulièrement à ceux qui ont vécu à nos côtés durant notre terrible guerre de Libération, souvent au péril de leur vie», écrit de son côté Ferhat Abbas au début du premier feuillet de son manuscrit signé et daté du mois de mars 1985. Le livre Demain se lèvera le jour est, donc, un ouvrage inédit publié dans la collection Etudes et Documents de Alger- Livres Editions. «Demain se lèvera le jour a été écrit par mon regretté père durant sa résidence surveillée sous le régime boumediéniste, et peaufiné dans les dernières années de sa vie. Son écriture a été annoncée par mon père dès 1981 dans la nouvelle édition du Jeune Algérien, mais la maladie l’a empêché de le publier en temps voulu. Il me confia le manuscrit en insistant sur la chose la plus importante à ses yeux, que ce livre soit publié quand un système vraiment démocratique sera installé en Algérie, et que le mot liberté ait pris tout son sens», explique Abdelhalim Abbas dans l’«Avertissement» de l’ouvrage. Ferhat Abbas se demande : «Que nous réserve l’an 2000 ? Où va notre civilisation ? Gardons-nous d’émettre la moindre opinion. L’avenir appartient à Dieu et à ceux qui le feront.» Cependant, il a fait ce constat : «Nous avons pris un retard mortel. Arriverons- nous en bonne santé à la fin de ce siècle ? Ne confondons pas démocratie, liberté avec intolérance et désordre public. Il est temps qu’un pouvoir fort et juste en même temps s’arme de lois, mobilise à nouveau le pays et nous contraigne à balayer devant nos portes.» (des propos qu’on dirait faits aujourd’hui). Dans cet ouvrage, dirons-nous prémonitoire, Ferhat Abbas écrit aussi : «Or voici qu’apparaît aux portes d’Alger le terrorisme politique, qui n’hésite pas à tuer, à frapper des innocents (…). La tuerie de Larbaâ est grave. Nous sommes gagnés par le démon individualiste et la course vers le pouvoir qui veut s’imposer par la terreur (…). Nous sommes tous concernés par ce drame. Il ne relève pas uniquement du gendarme, mais de la vigilance et de la cohésion du peuple lui-même. En particulier, les anciens moudjahidine doivent réagir. Par leurs sacrifices, ils nous ont restitué le pays de nos ancêtres. Une fois de plus, leur devoir est de sauvegarder son unité nationale.» Né le 24 août 1899 à Chahna, commune de Taher (wilaya de Jijel), Ferhat Abbas est le président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et président de la première assemblée nationale constituante de l’Algérie indépendante. «En 1963, il démissionne de la présidence de l’assemblée nationale, refusant de soutenir l’atteinte à la démocratie », souligne Leïla Benammar Benmansour. Cela lui coûta d’être privé de sa liberté durant près de vingt années, avant d’être libéré et décoré de la médaille du résistant par Chadli Bendjedid. Décédé le 24 décembre 1985 à son domicile à Kouba, il est enterré au Carré des martyrs du cimetière El-Alia à Alger. «C’est en Algérie que je me sens vivre et c’est dans mon pays que je souhaite mourir», dira-t-il dans Demain se lèvera le jour, un livre disponible depuis lundi sur les étals des librairies. Ferhat Abbas est l’auteur des ouvrages le Jeune Algérien (1931, réédition en 1981), La nuit coloniale (1962), Autopsie d’une guerre (1980) et L’indépendance confisquée (1984). Leïla Benammar Benmansour, de son côté, est l’auteur de Ferhat Abbas, l’injustice (Alger- Livres Editions 2010). A l’occasion du 25e anniversaire de la disparition de Ferhat Abbas, ses proches s’attèlent à organiser une table-ronde, prévue en décembre 2010, et qui sera consacrée à la vie, au combat et au parcours de cette grande personnalité de l’histoire moderne de l’Algérie.
K. B.
Demain se lèvera le jour de Ferhat Abbas (ouvrage inédit, publié à titre posthume). Editeur : Alger- Livres Editions. Novembre 2010. 171 pages.
Extraits de Demain se lèvera le jour
- «J’ai vécu un demi-siècle sous le régime colonial. J’en ai subi les contrecoups autant sinon plus que mes autres compatriotes. Je n’appartiens pas à la chevalerie arabe, ni à la noblesse maraboutique, pas même à la «bourgeoisie».
- Le racisme des Français d’Algérie n’était pas identique à celui de l’Afrique du Sud. Ce que les colons n’ont jamais admis est le fait que nous revendiquions pour échapper aux lois d’exception et nous élever à leur niveau. Cette revendication les rendait haineux et méchants, car ils avaient conservé de l’arabe une peur viscérale venue du Moyen-Âge, peur attisée par la crainte de nous voir bénéficier des mêmes droits qu’eux.
- En juillet 1962, l’indépendance acquise, nous nous sommes comportés comme un peuple sous-développé et primitif. Nous nous sommes disputés les places et nous avons tourné le dos aux valeurs et aux vertus qui nous ont conduits à la victoire. J’ai vu nos mœurs dégénérer en traumatisant l’Algérie musulmane comme elle ne l’avait été durant la guerre. Notre République algérienne a été affublée d’un appendice, celui de «démocratie populaire», ce qui veut dire, en clair, qu’elle n’est ni démocratique ni populaire.
- Tout ce qui a motivé notre insurrection a été saboté : le respect des droits de l’homme, celui des libertés individuelles et de la dignité du citoyen, le retour du fellah à la terre, le respect de la propriété privée. Nous sommes installés dans le provisoire et la médiocrité et nous avons cessé de travailler. Dans leur majorité, les Algériens ont confondu indépendance et Etat-providence. Tout un chacun se mit à attendre les pétro-dollars.
- Peut-être le lecteur permettra-t-il à mon âge d’exprimer un souhait : celui de voir les générations de demain vivre de leur travail, s’entourer de bien-être et vivre en paix. C’est mon vœu le plus cher.
- La nuit coloniale est morte. Le Moyen-Âge et sa violence se meurent. Les guerres religieuses s’achèvent. Demain se lèvera le jour».
Alger, mars 1985
F. Abbas
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Re: Sortie à titre posthume du livre de Ferhat Abbas : " Demain se lévera le jour"
C'est étrange, non seulement je suis entièrement d'accord avec Ferhat Abbas, mais le titre de son livre est de la même veine que le sous-titre du mien : "dis aux ouvriers de se préparer à travailler, car demain il fera jour".
Par ailleurs, il y a 3 jours, en analysant mon film avec Jacques Zermati, qui était un ami de Ferhat Abbas, nous nous sommes aperçus qu'à un moment précis, il se trouvait à moins de 5 mètres en arrière de moi.
Mon dernier sous-préfet était un neveu de Mohamed Boudiaf. Si les événements avaient été autres, je serais peut-être resté en Algérie. Bien entendu, j'aurais alors connu Ferhat Abbas, et nous aurions mis en œuvre une vraie révolution humaniste. Peut-être, en raison de cela, aurais-je été assassiné ...
(Ce message n'est pas à transmettre à l'ambassade des Etats-Unis)
Par ailleurs, il y a 3 jours, en analysant mon film avec Jacques Zermati, qui était un ami de Ferhat Abbas, nous nous sommes aperçus qu'à un moment précis, il se trouvait à moins de 5 mètres en arrière de moi.
Mon dernier sous-préfet était un neveu de Mohamed Boudiaf. Si les événements avaient été autres, je serais peut-être resté en Algérie. Bien entendu, j'aurais alors connu Ferhat Abbas, et nous aurions mis en œuvre une vraie révolution humaniste. Peut-être, en raison de cela, aurais-je été assassiné ...
(Ce message n'est pas à transmettre à l'ambassade des Etats-Unis)
Jean KERSCO- Dynamique

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Re: Sortie à titre posthume du livre de Ferhat Abbas : " Demain se lévera le jour"
Hélas, ce ne sont jamais les humanistes qui prennent le pouvoir au lendemain des révolutions .... ou des guerres de libération.
jean-simon- Trés fidéle

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Re: Sortie à titre posthume du livre de Ferhat Abbas : " Demain se lévera le jour"
Yes sir, voilà pourquoi ni Jacques Zermati ni moi ne sommes restés en Algérie. Comme me l'a dit Zermati, "Il est bien connu que lles révolutions dévorent leurs enfants".
Jean KERSCO- Dynamique

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Re: Sortie à titre posthume du livre de Ferhat Abbas : " Demain se lévera le jour"
jean-simon a écrit:Hélas, ce ne sont jamais les humanistes qui prennent le pouvoir au lendemain des révolutions .... ou des guerres de libération.
Jean KERSCO a écrit:Yes sir, voilà pourquoi ni Jacques Zermati ni moi ne sommes restés en Algérie. Comme me l'a dit Zermati, "Il est bien connu que lles révolutions dévorent leurs enfants".
Pour le cas de l'Algérie, c'est paradoxalement le pouvoir colonial qui est presque totalement responsable de cette situation.
Pendant plus d'un demi-siècle, les leaders algériens musulmans, presque toutes tendances confondues, n'ont réclamé de la France que l'égalité en droits et en devoirs avec les Européens vivant avec eux.
Aucun pouvoir politique à Paris n'a eu le courage, ni le réalisme, ni la clairvoyance de supprimer le code de l'indigénat, le principe du double collège électoral discriminatoire et d'initier une véritable politique d'émancipation des musulmans qui étaient considérés comme des sujets et non des citoyens français, c'est à dire des demi-citoyens.
Même l'assimilation ou l'intégration réclamées par les leaders algériens les plus modérés leur étaient refusées.
Les gros potentats en Algérie, puissants colons européens, méprisants et forts de leur puissance qui fait et défait les gouvernements à Paris, veillaient au grain et refusaient aux musulmans d'Algérie le droit d'être des citoyens à part entière, des hommes libres comme le stipule la constitution française.
Les voies pacifiques des revendications étant épuisées, la logique a voulu que les hommes les plus courageux et les plus téméraires, une poignée, ont décidé de déclencher la lutte armée en vue d'arracher l'indépendance, avec pour seules armes quelques fusils, une volonté inébranlable et un courage héroïque.
Il s'avérait, et le raisonnement n'est pas illogique, que ce n'étaient pas les "humanistes", légalistes, prudents, modérés et réalistes, qui se recrutaient pour cette opération presque insensée. Ce furent surtout des "prolétaires", des ruraux, généralement peu ou pas lettrés, qui avaient pris les armes et avaient entrainé une bonne partie du peuple derrière eux.
Les modérés avaient, presque tous pris, plus tard, le train en marche.
Ainsi, fut née une "légitimité révolutionnaire" et "historique", qui a fait que les responsables de cette révolution fortement rurale se fussent sentis tout désignés pour diriger le jeune état devenu indépendant. Et ils l'ont fait sans hésiter, investis, selon eux, d'une légitimité historique de déclencheurs de la lutte armée. La lutte pour le pouvoir, fratricide et sanglante entrait, dès lors, dans la logique des choses.
Ces chefs, que Ferhat Abbas, frustré et marginalisé, désignait avec un certain dédain d"illetrés", qu'il avait fini par "absoudre" dans une célèbre émission à la télé française le 1 er novembre 1979, parce que, disait-il, "ils ont réussi à battre la France", ont géré selon des méthodes révolutionnaires et à la mode de l'époque le pays, l'état devenant une (populiste)démocratie populaire.
En admettant que l'indépendance de l'Algérie se fût faite à "la tunisienne", sans guerre et sans déchirements, il y aurait eu probablement un Bourguiba algérien, peut-être Ferhat Abbés lui-même, qui aurait fait évoluer l'Algérie autrement, mieux que Bourguiba même.
Mais l'entêtement et l'obstination morbides des potentats d'Algérie qui voulaient continuer éternellement à faire du musulman un sous-homme et une bête de somme et garder pour toujours pour eux cette terre d'Algérie riche et attachante, sous-estimant les réactions des indigènes exploités, ont été responsables de l'évolution dramatique du pays et ont précipité leur exode, préférant la valise au cercueil, alors qu'ils auraient pu contribuer à faire peut-être de l'Algérie un pays multi-ethnique dans la paix et le respect mutuel.
Ce n'est qu'après le 13 mai 1958 et l'arrivée du général de Gaulle au pouvoir, voyant le vent tourner et en désespoir de cause, constatant que l'Algérie est en train de leur échapper et à contre-cœur, qu'ils avaiet accepté le principe du collège unique et le principe de l'application de la célèbre devise française de "l'égalité, la fraternité et la liberté".
Ce fut trop tard pour eux. Le train de l'histoire ne s'arrêta pas et puis beaucoup de sang avait coulé de part et d'autre, les plaies s'étaient largement ouvertes, le fossé s'étant profondément creusé entre les deux communautés, et toute l'Algérie musulmane ne pouvait imaginer son pays autrement que souverain.
L'Algérie devint indépendante, ancrée solidement au principe de la "légitimité historique".
L'obstination des ultras européens d'Algérie les a perdus et a compromis une évolution plus positive de l'Algérie!
perigot- Accro

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Nombre de messages: 1561
Localisation: Sétif
Date d'inscription: 19/02/2008
Re: Sortie à titre posthume du livre de Ferhat Abbas : " Demain se lévera le jour"
Il ne faut pas oublier la tentative de Napoléon III qui n'a pas eu le temps d'achever.
Votre analyse est vraiment excellente. Ce qui fait les chutes du Niagara, c'est bien l'eau qui vient de l'amont.
Un pays, surtout un pays moderne, doit être gouverné par une élite en qualité et en quantité. Et pendant une guerre totale, il y perte d'élite, et non gain. C'est valable partout, et pas spécifique à l'Algérie, où l'influence des "ultras" y a été catastrophique. C'est arrivé à la France à l'occasion de la première guerre mondiale, soit-disant victorieuse.
Tout cela sont des données permanentes depuis que le monde existe. Le rôle des gouvernants devrait être de les avoir en esprit en permanence ... Mais voià !
Votre analyse est vraiment excellente. Ce qui fait les chutes du Niagara, c'est bien l'eau qui vient de l'amont.
Un pays, surtout un pays moderne, doit être gouverné par une élite en qualité et en quantité. Et pendant une guerre totale, il y perte d'élite, et non gain. C'est valable partout, et pas spécifique à l'Algérie, où l'influence des "ultras" y a été catastrophique. C'est arrivé à la France à l'occasion de la première guerre mondiale, soit-disant victorieuse.
Tout cela sont des données permanentes depuis que le monde existe. Le rôle des gouvernants devrait être de les avoir en esprit en permanence ... Mais voià !
Jean KERSCO- Dynamique

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Nombre de messages: 98
Localisation: France plus 1 an en Algérie
Emploi/loisirs: Souhaite la retraite à 81 ans, voire plus
Humeur: Excellente
Date d'inscription: 11/09/2009
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